Asie-Pacifique

4,22

Violations systématiques des droits

Détérioration par rapport à l’année dernière

La région Asie-Pacifique est la deuxième pire région au monde pour les droits des travailleurs/euses. Sa note moyenne a augmenté, passant de 4,17 à 4,22, entre les violations systématiques des droits et aucune garantie des droits.

L’année 2022 s’est caractérisée par la brutalité extrême de la police dans la répression des grèves, notamment au Bangladesh et en Inde, où des travailleurs en grève ont été tués, et au Pakistan, qui a fait usage de la violence contre des travailleurs. À Hong Kong, les autorités ont réduit au silence les syndicats et les organisations de défense de la démocratie. Des violations manifestes des droits humains se sont poursuivies sans relâche au Myanmar. Aux Philippines, les syndicalistes et les travailleurs ont vécu dans la peur permanente des agressions violentes et des arrestations arbitraires.

En Chine, les Ouïghours, les Kazakhs et d’autres populations turcophones de confession musulmane ont fait l’objet d’une impitoyable persécution et de détentions massives par les autorités qui, entre autres violations des droits humains, les ont soumis au travail forcé pour approvisionner l’industrie de la confection. Les membres de ces communautés persécutées ont subi les plus graves violations des libertés civiles, ont été privées de toute parole collective et détenues de manière arbitraire.

En bref

91%

91% des pays ont empêché l’enregistrement de syndicats

Pas de changement par rapport à 2021
87%

87% des pays ont violé le droit de grève

Pas de changement par rapport à 2021
87%

87% des pays ont privé des travailleurs/euses du droit de constituer un syndicat et d’y adhérer

Pas de changement par rapport à 2021
83%

83% des pays ont violé le droit de négociation collective

Contre 91% en 2021
83%

Des travailleurs/euses ont été arrêtés et placés en détention dans 83% des pays

Pas de changement par rapport à 2021
70%

70% des pays d’Asie-Pacifique ont empêché les travailleurs/euses d’accéder à la justice

Contre 74% en 2021
61%

61% des pays d’Asie-Pacifique ont restreint les libertés d’expression et de réunion

Pas de changement par rapport à 2021
43%

Les travailleurs/euses ont subi des attaques violentes dans 43% des pays d’Asie-Pacifique

Contre 35% en 2021

Des travailleurs/euses ont été assassinés au Bangladesh, en Inde, au Myanmar et aux Philippines

Violations des droits des travailleurs

Droit de mener des activités syndicales

91%

91% des pays ont empêché l’enregistrement de syndicats

Pas de changement par rapport à 2021

Droit de mener des activités syndicales

Le 2 novembre 2021, un groupe de personnes se déclarant membres de la police de Quezon City se sont rendus au bureau national de l’organisation syndicale Sentro ng mga Nagkakaisa at Progresibong Manggagawa (SENTRO), à Manille, soi-disant pour enquêter au sujet d’un conflit de travail auquel était mêlée son affiliée, la fédération du secteur des boissons Federation and Cooperation of Cola, Beverage, and Allied Industry Unions (FCCU). La FCCU est actuellement impliquée dans un conflit de travail à l’entreprise Coca-Cola Philippines suite au blocage des négociations sur les salaires et à la campagne nationale pour la réintégration des dirigeants syndicaux licenciés abusivement.

Les individus n’étaient pas en possession de documents juridiques officiels qui les identifiaient, autorisaient leur intervention ou indiquaient l’objectif de leur visite. Ils ont demandé des renseignements de manière insistante sur le bureau de SENTRO, sur les autres syndicats présents et leurs activités. Les prétendus policiers se sont également rendus dans les locaux de la confédération syndicale Trade Union Confederation of the Philippines (TUCP) situés à Quezon City. Ils ont posé des questions sur la coalition de travail NAGKAISA, dont SENTRO fait partie.

Droit de mener des activités syndicales

Depuis 2021, les autorités de Hong Kong ont intensifié la pression sur les syndicats indépendants pour les contraindre à suivre les ordres ou à être dissous, et le greffe des syndicats convoque systématiquement les syndicats indépendants pour des motifs futiles, et engage des procédures de révocation de l’enregistrement des syndicats.

La confédération syndicale Hong Kong Confederation of Trade Unions (HKCTU) a annoncé en septembre 2021 qu’elle préparait sa dissolution, après 31 ans passés à la tête du mouvement syndical démocratique de la région. Au cours du mois précédant cette annonce, la HKCTU et ses organisations membres ont fait l’objet d’attaques sans précédent, d’actes d’intimidation et d’allégations d’infractions au titre de la loi sur la sécurité nationale de 2020. La sécurité personnelle des dirigeant(e)s syndicaux était également menacée. Le 3 octobre 2021, les membres ont approuvé une résolution visant à cesser leurs activités à 57 voix contre huit, sans abstention, lors d’une réunion générale extraordinaire.

En 2022, le mouvement syndical indépendant de Hong Kong et le mouvement de défense de la démocratie ont été réduits au silence, de nombreux syndicats étant contraints à la dissolution ou à la révocation arbitraire, comme les syndicats suivants: General Union of Hong Kong Speech Therapists (GUHKST); Hospital Authority Employees’ Alliance (HAEA); Hong Kong Professional Teachers’ Union (HKPTU); Union of New Civil Servants (UNCS); Medicine Inspires; Hong Kong Pharmaceutical and Medical Device Union; Hong Kong Educators’ Alliance; Frontline Doctors’ Union; Hong Kong Pharmaceutical and Medical Device Union; Financial Technology Professional Services Personnel Union; Hong Kong Teaching and Research Support Staff Union and Next Media Trade Union (NMTU).

Droit de mener des activités syndicales

Au Myanmar, depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021, la Tatmadaw, l’armée birmane, a déclaré illégales 16 organisations syndicales le 2 mars 2021. Toutes les zones industrielles de Yangon ayant été soumises à la loi martiale, il est quasiment impossible aux travailleurs/euses de s’organiser. Les dirigeants syndicaux ont signalé un exode de masse des ouvriers d’usine qui quittaient les zones industrielles pour rejoindre leur village natal en milieu rural. Les militaires ont demandé aux propriétaires des usines de leur communiquer le nom et l’adresse des dirigeants syndicaux pour les arrêter, et ont envoyé des soldats frapper à toutes les portes des dortoirs et des foyers de travailleurs pour les retrouver. Le domicile des dirigeants syndicaux a été perquisitionné; leur argent et leurs biens personnels ont été confisqués.

Droit de mener des activités syndicales

En 2022, les autorités cambodgiennes ont continué d’empêcher l’enregistrement des syndicats pour des motifs arbitraires ou des erreurs techniques infimes. Par exemple, le 25 décembre 2020, un syndicat a remis sa demande d’enregistrement au ministère du Travail contenant les dix types de documents exigés par la loi. En février 2021, les dirigeants syndicaux locaux ont été appelés une première fois par le ministère pour corriger des erreurs d’orthographe sur la lettre de présentation et le profil des dirigeants syndicaux. Plus de deux mois plus tard, le 7 mai 2021, les dirigeants syndicaux locaux ont de nouveau été appelés pour modifier la taille de leurs photos, dont le format passait de (3x4) à (4x6), et ont été priés de renvoyer leur demande d’enregistrement. Début 2022, le syndicat n’était toujours pas enregistré, après avoir passé énormément de temps et dépensé beaucoup d’énergie pour pouvoir présenter de nouveau la demande aux autorités.

Droit de mener des activités syndicales

Les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan en août 2021, précipitant aussitôt le pays dans l’instabilité et la pauvreté. Selon les estimations, 90% de la population active ont perdu leur emploi. Une des premières mesures prises par le régime des talibans a été de limiter les droits des femmes, notamment l’accès à l’emploi et à l’éducation.

Les talibans ont commencé à faire taire les voix de la démocratie et à réprimer les organisations démocratiques en tuant des militant(e)s et en perquisitionnant leur domicile. Dans ce contexte, les dirigeants du syndicat National Union of Afghanistan Workers and Employees (NUAWE) ont été contraints à l’exil et ont trouvé refuge en France, avec le soutien de la CSI, de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) et du gouvernement français. L’organisation d’activités syndicales est devenue extrêmement dangereuse pour les syndicalistes restés en Afghanistan, compte tenu de la surveillance constante et des menaces de mort dont ils font l’objet.

Droit de grèvePoursuites pénales contre des dirigeants syndicaux pour leur participation à des grèves

87%

87% des pays ont violé le droit de grève

Pas de changement par rapport à 2021

Poursuites pénales contre des dirigeants syndicaux pour leur participation à des grèves

En 2022, Sawit Kaewvarn, président du syndicat des chemins de fer thaïlandais State Railway Union of Thailand (SRUT), et 12 autres dirigeants de syndicats nationaux et locaux sont restés emprisonnés à tort. Les travailleurs/euses du SRUT ont fait l’objet d’incessantes poursuites en justice de la part de l’entreprise publique State Railway of Thailand pour avoir mené une campagne nationale sur la sécurité des chemins de fer suite à l’accident mortel provoqué par le déraillement d’un train en octobre 2009 à la gare de Khao Tao. Les autorités thaïlandaises ont agi en représailles contre les travailleurs. Depuis novembre 2018, suite à une décision rendue par le tribunal suprême du travail en 2017, des déductions sont effectuées sur les salaires mensuels de sept dirigeants du SRUT pour verser à la State Railway of Thailand des amendes s’élevant à 24 millions de baht (726.116 dollars). Les 13 syndicalistes purgent actuellement une peine de trois ans de prison.

Poursuites pénales contre des dirigeants syndicaux pour leur participation à des grèves

Le 15 décembre 2021, dans l’entreprise philippine de fabrication de pâtes Soft Touch Development Corp., 44 employé(e)s ont été arrêtés alors qu’ils faisaient grève. Ils ont été accusés de rassemblement illégal, de désobéissance à une personne dépositaire de l’autorité, et de «trouble et scandale». Ils ont été libérés de prison 36 heures plus tard, dans l'attente d'une enquête plus approfondie. L’entreprise a affirmé que les employés n’avaient pas le droit de former un syndicat parce que leur employeur était l’agence de recrutement qui les embauchait. L’appel à la grève avait été lancé lorsque les travailleurs avaient appris qu’ils seraient licenciés le 24 décembre. La police a brutalement réprimé la grève en utilisant des canons à eau et des matraques avant d’emmener les grévistes de force dans une fourgonnette.

Poursuites pénales contre des dirigeants syndicaux pour leur participation à des grèves

Le 8 juin 2021, en Inde, des enseignant(e)s qui n’étaient affectés à aucun poste ont manifesté à proximité de la résidence du chef du gouvernement de l’État du Pendjab, à Patiala. Environ 150 enseignant(e)s ont été placés en détention et plus d’une dizaine d’entre eux ont été légèrement blessés lorsque la police est intervenue à deux reprises, faisant usage de matraques, comme cela s’était déjà produit au début de l’année.

En dépit de ses multiples promesses, le gouvernement n’avait pas attribué de poste à de nombreux enseignants des écoles publiques. Les cinq syndicats participants reprochaient aux responsables du gouvernement d’avoir tardé à les recevoir et à donner suite à leurs demandes. Les enseignants se sont opposés à la police en se dirigeant vers la résidence du chef du gouvernement. Les personnes détenues ont été libérées sans mise en examen.

Droit de grèveLicenciés pour avoir participé à une grève

87%

87% des pays ont violé le droit de grève

Pas de changement par rapport à 2021

Licenciés pour avoir participé à une grève

En avril 2021, le syndicat Korea Democratic Pharmaceutical Union (KDPU) a annoncé qu’il intentait une action en justice contre l’entreprise Zuellig Pharma Specialty Solutions Korea pour licenciement abusif.

L’entreprise avait signalé qu’elle mettrait en place un programme de retraite anticipée pour licencier une partie du personnel suite aux pertes financières qu’elle avait subies. Il est rapidement apparu que les membres du personnel concernés étaient tous membres du syndicat de l’entreprise qui avaient fait grève le 30 octobre 2020 en raison d’un conflit sur les salaires.

Licenciés pour avoir participé à une grève

Environ 1.400 travailleurs/euses en grève au sein du service de santé National Health Mission (NHM), en Inde, parmi lesquels des infirmiers/ères du personnel et des médecins-conseil, des homéopathes Ayurveda et des personnels administratifs, ont été licenciés par le gouvernement du Pendjab le 10 mai 2021 au titre de la loi sur la gestion des catastrophes, pour avoir refusé de mettre fin à leur grève d’une semaine. Près de 3.000 employés de la NHM s’étaient mis en grève pour demander de meilleurs salaires et des emplois permanents. Les personnes licenciées étaient originaires de sept districts du Pendjab.

Droit de constituer un syndicat et d’y adhérerTravailleurs exclus

87%

87% des pays ont privé des travailleurs/euses du droit de constituer un syndicat et d’y adhérer

Pas de changement par rapport à 2021

Travailleurs exclus

Dans le secteur du prêt-à-porter, qui représente une énorme proportion de l’économie du Bangladesh dédiée à l’exportation, plus de 500.000 travailleurs/euses employés dans les zones franches d’exportation n’étaient pas autorisés à constituer des syndicats ni à y adhérer, ce qui les privait du véritable pouvoir de négocier de meilleures conditions de travail. La situation s’est aggravée au moment de l’application de la loi sur les zones franches d’exportation de 2019, qui stipule que les travailleurs peuvent seulement faire partie d’une association de bien-être des travailleurs, qui ne leur offre pas forcément toutes les possibilités de la négociation collective. Il leur est strictement interdit d’organiser une manifestation au sein des zones franches, et toute manifestation fait souvent l’objet de violentes représailles de la part des autorités des zones franches d’exportation.

Travailleurs exclus

Au Japon, la loi excluait toujours les pompiers et les personnels pénitentiaires du droit de constituer un syndicat et d’y adhérer.

Travailleurs exclus

En 2021, Goundar Shipping, une grande compagnie de ferries de Fidji, a licencié trois marins philippins qui souhaitaient prendre un congé pour parler à des représentant(e)s syndicaux au sujet de leurs droits et de leur retour dans leur pays. Ils faisaient partie d’un groupe de plus d’une vingtaine de marins philippins qui avaient été amenés à Fidji pour travailler au fonctionnement et à l’entretien de sa flotte de ferries pour passagers et marchandises. On leur avait fait miroiter des salaires décents et de bonnes conditions de travail. Lorsqu’ils sont arrivés à Fidji, la compagnie les a informés qu’ils seraient payés 60-70% de moins que ce qu’on leur avait promis.

Une grande partie des marins étant dans l’incapacité de payer le voyage de retour dans leur pays, ils ont accepté de continuer à travailler pour la compagnie de ferries, avec de nouvelles promesses de retour chez eux au terme d’une année supplémentaire de travail. La compagnie a ensuite déclaré que le coût des vols et les frais de quarantaine étaient trop élevés en raison de la COVID-19, refusant d’honorer ses obligations de laisser partir les travailleurs philippins chez eux. Les marins ont déposé des plaintes officielles auprès des autorités de Fidji en septembre 2020, en décembre 2020 et en janvier 2021, sans succès.

Les marins migrants, qui travaillent dans des conditions difficiles et sont isolés pendant des mois sur les navires, font partie des catégories de travailleurs les plus vulnérables qui, souvent, n’ont pas accès aux syndicats.

Droit de constituer un syndicat et d’y adhérerPratiques antisyndicales

87%

87% des pays ont privé des travailleurs/euses du droit de constituer un syndicat et d’y adhérer

Pas de changement par rapport à 2021

Pratiques antisyndicales

En 2021, Hyundai a contribué à l’implantation d’une usine de construction automobile au sud-ouest de la Corée afin de fabriquer des véhicules à moindre coût et, surtout, sans syndicats. La nouvelle usine, qui a ouvert fin 2021, est dirigée par Gwangju Global Motors (GGM), une entreprise récemment créée par la ville de Gwangju, qui en est l’actionnaire majoritaire à 21%, tandis que Hyundai détient 19% des parts. L’objectif était avant tout d’éviter d’embaucher de la main-d’œuvre syndiquée. La plupart des travailleurs/euses de Hyundai sont syndiqués et ont mené des actions revendicatives fructueuses pour obtenir des augmentations de salaire. Le salaire annuel moyen des employés de Hyundai s’élève à 88 millions de wons. Dans la nouvelle usine, surnommée «l’usine moitié de salaire», le salaire annuel moyen est de 35 millions de wons, une somme inférieure à la moyenne nationale de 42,34 millions de wons pour les employés des entreprises.

Pratiques antisyndicales

En mai 2021, la direction de l’hôtel Fairmont Sanur appartenant au groupe Accor, à Bali, en Indonésie, a contacté individuellement les employé(e)s licenciés en juillet 2020, pour leur proposer de retrouver leur poste, mais à condition qu’ils renoncent à leur adhésion au syndicat.

En avril 2020, les employés avaient accepté une réduction considérable de 70% de leur salaire pour maintenir l’hôtel à flot pendant la pandémie. Malgré cela, la direction a cherché à obliger 68 personnes à signer des lettres de démission «volontaire» fin juillet 2020. Tous les employés concernés étaient membres du syndicat récemment formé Serikat Pekerja Mandiri (SPM). Ils ont refusé de démissionner et, deux jours plus tard, ils ont reçu des lettres leur signifiant leur licenciement.

La lettre que les employés devaient signer pour retrouver leur poste précisait: «Affirmant par la présente être employé au Fairmont Hotel, je déclare volontairement et sciemment, sans contrainte d’aucune sorte, ne jamais avoir adhéré au Serikat Pekerja Mandiri (SPM), et certifie avoir rédigé cette déclaration de bonne foi.»

Parmi les employés contactés, seuls quatre ont accepté de signer, et 38 autres ont continué de se battre pour leur réintégration en faisant reconnaître qu’ils avaient fait l’objet d’un licenciement abusif.

Pratiques antisyndicales

En août 2021, la succursale du district de Thiruvananthapuram de la Kerala Bank, en Inde, a adopté un nouveau règlement limitant les activités syndicales de son personnel. Au titre du nouveau texte, les syndicats ne sont pas autorisés à prendre part aux décisions liées aux mutations. Peu après cette annonce, deux dirigeantes de la fédération syndicale Bank Employees Federation of India (BEFI) ont été mutées en dehors de leur district. Elles étaient toutes deux membres du sous-comité des femmes de la BEFI, et travaillaient dans la même unité. Elles ont été mutées à deux endroits différents, avec effet immédiat. D’après la BEFI, elles ont été mutées au motif qu’elles avaient pris un congé syndical pour participer à la convention du Conseil général du syndicat.

Pratiques antisyndicales

Le complexe hôtelier NagaWorld Hotel and Casino complex à Phnom Penh, au Cambodge, bafoue systématiquement le droit de représentation syndicale de ses employé(e)s. Depuis plus de deux décennies, la direction refuse de reconnaître pleinement le syndicat de l’hôtel Union of Khmer Employees of Naga World (LRSU).

Pratiques antisyndicales

Le 24 septembre 2021, une réunion était prévue dans le bureau du syndicat de la confection Bangladesh Independent Garment Workers Union Federation (BIGUF) à Chattogram pour créer un comité régional de l’organisation syndicale IndustriALL Bangladesh Council (IBC). Or, la police a téléphoné au vice-président de l’IBC, Salauddin Shapon, pour empêcher la tenue de la réunion. Une deuxième réunion a été planifiée dans un autre endroit le lendemain. Mais là encore, la police a contacté le vice-président pour dire que la réunion ne pouvait pas avoir lieu à cet endroit non plus.

Pour la troisième tentative, l’IBC a décidé d’organiser la réunion au bureau d’une autre affiliée du secteur de la confection, la Bangladesh Textile and Garment Workers League (BTGWL). Lorsque les dirigeants de l’IBC sont arrivés, des policiers, certains en civil, ont bloqué l’entrée et n’ont laissé entrer personne.

Droit de négociation collective

83%

83% des pays ont violé le droit de négociation collective

Contre 91% en 2021

Droit de négociation collective

En Nouvelle-Zélande, la chaîne de prêt-à-porter H&M a mis à pied 14 employé(e)s le 24 avril 2021, pendant la négociation d’une nouvelle convention collective concernant les salaires. Cette pratique antisyndicale visait à sanctionner les employés au motif qu’ils avaient demandé à obtenir un salaire décent. Déjà en 2019, les travailleurs syndiqués de H&M avaient fait l’objet d’un lock-out après avoir porté sur leurs vêtements, dans les magasins, des étiquettes appelant à un salaire juste.

Droit de négociation collective

En Nouvelle-Zélande, le 22 avril 2021, NZ Bus a averti les conducteurs/trices de bus de Wellington qu’un lock-out serait imposé et qu’ils ne pourraient plus travailler tant qu’ils n’accepteraient pas une baisse de salaire et une révision de leurs conditions d’emploi et de leur contrat de travail. Cette annonce de lock-out est intervenue après plusieurs mois de négociations tendues au sujet d’une nouvelle convention collective. NZ Bus avait refusé la proposition du Conseil régional de Wellington de financer un ajustement de salaire en faveur d’un salaire décent, parce que l’entreprise voulait revoir à la baisse les conditions d’emploi. Cette violation des droits du travail a été vivement dénoncée par le président de l’organisation syndicale New Zealand Council of Trade Unions (NZCTU) et par le ministre des Transports, qui a exhorté l’entreprise à retirer son annonce de lock-out.

Droit de négociation collective

À Hong Kong, le 28 mai 2021, le syndicat des employé(e)s de Coca-Cola Swire Coca-Cola Hong Kong Beverages Employees’ General Union (SCBEGU) a entamé une grève pour protester contre d’importantes baisses de salaire. En effet, la direction avait réduit les salaires et modifié la structure salariale de l’entreprise, au mépris le plus total du syndicat et du processus de négociation collective. Le SCBEGU est l’un des rares syndicats du secteur privé à exercer les droits de négociation collective depuis plusieurs décennies.

Droit de négociation collective

En juin 2021, la ministre des Autorités locales a annoncé que plusieurs conseils locaux rencontraient des difficultés financières. La solution qu’elle proposait fragilisait les conditions approuvées dans les conventions collectives et imposait unilatéralement des contrats à durée déterminée aux employé(e)s des conseils locaux, avec des prestations et des salaires moins avantageux. La confédération syndicale Fiji Trades Union Congress (FTUC) a vivement dénoncé cette décision unilatérale.

Droit de négociation collective

Le 26 octobre 2021, l’entreprise australienne de manutention Patrick Terminals s’est adressée à la Commission du travail équitable pour résilier son accord d’entreprise avec le syndicat Maritime Union of Australia (MUA).

Si la résiliation aboutit, les manutentionnaires vont perdre la rémunération qu’ils négociaient depuis des années et retrouver les normes minimum du secteur, à moins qu’un nouvel accord ne soit conclu dans les six mois. Plus d’un millier de dockers étaient concernés par cet accord.

Le MUA et Patrick Terminals avaient entamé les négociations sur un nouvel accord environ deux ans plus tôt. Le MUA a accepté de renoncer à sa demande initiale d’augmentation de salaire annuelle de 6% pendant quatre ans, et approuvé les 2,5% d’augmentation proposés par Patrick Terminals, ce qui est nettement au-dessous de la hausse actuelle de l’indice des prix à la consommation, qui s’élève à 3,8%. Patrick Terminals a estimé que les demandes du MUA étaient excessives, en particulier la demande de consulter le syndicat au sujet de la proportion de nouvelles embauches. Le MUA a précisé que des accords du même type avaient été conclus avec d’autres importants opérateurs portuaires. De leur côté, les travailleurs/euses reprochaient à Patrick Terminals son recours à la main-d’œuvre temporaire, son sytème de planning et ses plans de recrutement.

Droit de négociation collective

Mi-octobre 2021, en Autralie-Occidentale, la direction de Fremantle Container Terminal, qui appartient à QUBE Holdings, refusait toujours de reprendre les négociations avec le syndicat Maritime Union of Australia (MUA) au sujet d’un conflit de longue date, en dépit de la demande du premier ministre d’Australie-Occidentale, Mark McGowan, de plusieurs autres ministres et de la Commission du travail équitable.

Plus de 120 membres du MUA étaient en grève depuis le 30 juillet et réclamaient un meilleur accord d’entreprise. Le planning des employé(e)s était au centre du conflit. En effet, les employés de QUBE n’avaient pas de planning fixe et n’étaient informés de leur emploi du temps qu’à 16h00 pour le lendemain. Le syndicat a demandé que les horaires de travail soient communiqués, au minimum, à 14h00 la veille, mais la direction a systématiquement refusé, et a rejeté les 42 demandes déposées par le syndicat. QUBE a alors imposé un lock-out et affecté son propre personnel de direction et de contrôle pour effectuer le travail de manutention et essayer de faire fonctionner le terminal, malgré d’importants problèmes de sécurité.

Fin octobre, après onze longues semaines de conflit, le MUA a été contraint de mettre un terme à la grève, suite à la menace du gouvernement fédéral libéral-national de demander à la Commission du travail équitable de mettre fin à la grève chez QUBE et d’imposer un arbitrage obligatoire.

Droit aux libertés civiles

83%

Des travailleurs/euses ont été arrêtés et placés en détention dans 83% des pays

Pas de changement par rapport à 2021

Droit aux libertés civiles

Le 8 juillet 2021, la police a arrêté 31 personnes, parmi lesquelles le secrétaire général du syndicat enseignant Ceylon Teachers Union (CTU), pour avoir participé à une manifestation organisée à côté du Parlement du Sri Lanka contre le projet de loi sur l’Université de défense nationale (NDU). Le projet de loi, initialement présenté au précédent gouvernement en 2018, a été largement dénoncé pour son intention de restreindre la liberté de pensée et d’expression dans les universités. Les travailleurs/euses arrêtés ont été détenus pendant plusieurs jours, jusqu’à ce qu’une campagne demandant leur libération, soutenue par les syndicats mondiaux, porte ses fruits.

Droit aux libertés civiles

Le 11 octobre 2021, les travailleurs/euses du secteur de la confection se sont rassemblés devant l’entreprise Denim Clothing Company – un des fournisseurs des grandes marques de mode mondiales situé à Karachi, au Pakistan – pour protester contre les conditions de travail inhumaines de l’usine, l’intimidation quotidienne, l’absence de sécurité sociale, les licenciements arbitraires depuis le début de la pandémie de COVID-19, et le refus de payer un salaire minimum aux travailleurs.

Deux fourgonnettes sont arrivées devant l’usine, et trois hommes en civil ont commencé à frapper brutalement les travailleurs avec des bâtons. Plusieurs travailleurs ont été gravement blessés, dont une personne qui a eu une luxation du coude. Les policiers ont forcé les manifestants à monter dans les fourgonnettes et les ont emmenés au commissariat, où ils sont restés six heures et ont de nouveau été frappés par la police. Ils ont été libérés après avoir été contraints de signer un document promettant qu’ils ne manifesteraient plus contre l’entreprise.

Droit aux libertés civiles

Le 15 avril 2021, environ 40 militaires ont été déployés pour arrêter la directrice du syndicat Solidarity Trade Union of Myanmar (STUM), Daw Myo Aye, qui était accusée, au titre de l’article 505A du code pénal, d’avoir participé au mouvement de désobéissance civile, organisé des manifestations et encouragé des civils et des fonctionnaires à prendre part à ce mouvement. Elle était passible de trois ans de prison. La libération sous caution lui ayant été refusée, Daw Myo Aye est restée en détention, avec un accès limité à des services médicaux, en dépit de graves problèmes de santé.

Début 2021, des mandats d’arrêt avaient été délivrés et mis à exécution pour 34 autres dirigeant(e)s syndicaux connus. La plupart d’entre eux ont fait l’objet de poursuites sommaires et ont été condamnés à des peines de prison.

Droit aux libertés civiles

Le président de la confédération syndicale Korean Confederation of Trade Unions (KCTU), Yang Kyeung-soo, a été arrêté le 2 septembre 2021 avant l’aube, lors de la perquisition de son bureau de Séoul. Plusieurs centaines de policiers ont encerclé le bâtiment et des officiers ont forcé la porte pour entrer.

La KCTU avait organisé un rassemblement au centre-ville de Séoul le 3 juillet pour appeler le gouvernement à remédier aux inégalités aggravées par la pandémie. Le gouvernement n’a pas autorisé le rassemblement, invoquant la crainte d’une flambée des contaminations. Il a ensuite délivré un mandat d’arrêt contre Yang Kyeung-soo, l’accusant d’avoir enfreint les dispositions de la loi pénale sur l’entrave à la circulation, de la loi sur les rassemblements et les manifestations et de la loi sur le contrôle et la prévention des maladies infectieuses. La KCTU a contesté ces allégations: environ 8.000 membres syndicaux ont participé au rassemblement, en respectant scrupuleusement les directives de distanciation physique du gouvernement. Après la manifestation, seulement trois personnes ont été testées positives à la COVID-19, sans véritable preuve qu’il y ait un lien entre leur infection et le rassemblement.

La détention de Yang Kyeung-soo semblait surtout destinée à perturber la préparation de la grève nationale prévue par la KCTU le 20 octobre pour demander à ses 1,1 million de membres d’exiger des améliorations des droits des travailleurs. Yang Kyeung-soo est le 13ème président consécutif de la KTCU à être emprisonné depuis que la fédération n’est plus interdite, c’est-à-dire depuis 1997.

Droit aux libertés civiles

La police du Tamil Nadu a arrêté 67 travailleurs/euses et militants lors d’une manifestation dans le secteur de l’électronique, le 18 décembre 2021. Ils ont été détenus plus de 24 heures, et 22 militants, parmi lesquels des dirigeants de la centrale syndicale Centre of Indian Trade Unions (CITU), ont été placés derrière les barreaux pour avoir apporté leur soutien aux travailleurs. Les dirigeants du CITU ont été libérés sous caution le 23 décembre.

La manifestation – à laquelle ont participé environ 3.000 femmes employées par Bharat FIH, une filiale de FIH Mobile et Foxconn Technology Group qui fabrique des téléphones portables – avait commencé le 17 décembre, en raison d’un incident survenu deux jours plus tôt: 159 travailleurs/euses étaient tombés malades suite à une intoxication alimentaire dans leur foyer d’hébergement. Les travailleurs, tous embauchés par des prestataires, se plaignaient depuis longtemps du manque de place et de la mauvaise qualité de l’alimentation.

Droit aux libertés civiles

Le 12 décembre 2021, Lee Cheuk Yan, secrétaire général de la confédération syndicale Hong Kong Confederation of Trade Unions (HKCTU), a été condamné, avec sept autres personnes, à 14 mois de prison pour «incitation, organisation et participation» à une veillée à la bougie, le 4 juin 2020. Cette manifestation annuelle de commémoration du massacre de la place Tiananmen, en 1989, était organisée par le syndicat aujourd’hui dissous Hong Kong Alliance in Support of Patriotic Democratic Movements of China, dont Lee Cheuk-yan était le président. Cette condamnation s’ajoute à la peine de 20 mois de prison que Lee Cheuk-yan était déjà en train de purger pour avoir organisé et participé aux rassemblements pour la démocratie, en 2019.

Droit aux libertés civiles

À Hong Kong, cinq membres du syndicat des orthophonistes General Union of Hong Kong Speech Therapists (GUHKST), notamment le dirigeant et vice-président du syndicat, Li Wenling et Yang Yiyi, ont été arrêtés le 22 juillet 2021. La police a saisi leurs téléphones, ordinateurs et dépliants syndicaux, et le compte bancaire du syndicat ainsi que ses actifs ont été gelés. D’après la police, ils avaient «conspiré dans le but de publier, distribuer, afficher ou copier des publications séditieuses». Li Wenling et Yang Yiyi ont été poursuivis et placés en détention provisoire, et se sont vu refuser la libération sous caution. En revanche, les trois autres membres ont été libérés sous caution. Lors de l’audience du 30 août, le juge a ordonné le placement en détention provisoire des cinq responsables syndicaux en attendant l’audience suivante, le 24 octobre 2021.

Les publications «séditieuses» consistaient en trois livres numériques illustrés destinés aux enfants ayant des troubles du langage, que le syndicat avait publié en 2020 pour expliquer les mouvements de 2019 et 2020 pour la défense de la démocratie à Hong Kong. La sédition est un délit au titre d’une loi de l’époque coloniale et elle est passible de deux ans de prison. Depuis les manifestations pour la démocratie, la police et les procureurs recourent régulièrement à la loi sur la sédition et à la loi sur la sécurité nationale pour faire taire l’expression et les points de vue politiques.

Droit aux libertés civiles

En 2018, en Chine, l’entreprise Jasic Technology a licencié des travailleurs/euses qui avaient cherché à créer leur propre syndicat, et plus de 40 travailleurs ont été arrêtés et accusés d’avoir «organisé un rassemblement pour troubler l’ordre social». Depuis lors, de nombreux militants et sympathisants syndicaux ont été poursuivis et emprisonnés sur la base de fausses accusations, et on ne sait toujours pas où se trouvent exactement les autres travailleurs qui avaient participé aux manifestations à l’usine de Jasic. Les autorités ont engagé des poursuites pénales, et elles ont harcelé et surveillé les personnes concernées et leur famille pour les terroriser et les empêcher de parler. Après leurs poursuites et leur condamnation il y a deux ans, les militants suivants restent introuvables, leur localisation demeure inconnue, et toute information sur leur jugement est inaccessible: Fu Changguo, membre du personnel du Centre des travailleurs de Dagongzhe, ainsi que les militants Zheng Shiyou et Liang Xiaogang.

De nombreuses autres personnes ont fait l’objet de poursuites sommaires et ont été condamnées à des peines de prison, pendant que le gouvernement continuait d’exercer une pression considérable et d’intimider les militants et leur famille.

Droit aux libertés civiles

Le 25 février 2022, un célèbre militant chinois, Mengzhu – de son véritable nom Chen Guojiang –, qui défend les intérêts des livreurs de repas, a été arrêté par la police de Beijing lors d’une perquisition de son appartement. Chen Guojiang a été accusé d’avoir «provoqué des querelles et des troubles», un terme fourre-tout souvent employé en Chine contre les militant(e)s. Chen Guojiang dirigeait le syndicat de livreurs Delivery Riders’ Alliance, qu’il avait fondé en 2019. Ayant contacté environ 15.000 livreurs par le biais des médias sociaux, l’alliance était devenue une organisation comparable à un syndicat pour les livreurs de repas de Beijing et avait noué des liens avec des livreurs qui travaillaient dans d’autres villes.

Peu avant son arrestation, Chen Guojiang avait publié une vidéo dénonçant une escroquerie sur les primes de la part de l’entreprise Ele.me, qui appartient à Alibaba, la plus grande entreprise de commerce en ligne de Chine. Des millions de personnes ont vu la vidéo, qui a suscité une vague de critiques de l’opinion publique à l’encontre d’Ele.me. Les informations signalant la détention de Chen Guojiang ont été bloquées ou supprimées. Les militants chinois opérant sur Internet ont diffusé une lettre ouverte rédigée par le père de Chen, qui demandait de l’aide pour faire face aux frais de justice, ce qui a permis de recueillir plus de 120.000 yuans (18.350 dollars).

En avril 2022, la chaîne de Chen Guojiang, WeChat, sur laquelle la lettre avait été postée, a été interdite de façon définitive. Les discussions en ligne sur le militant ont également été censurées et bloquées par la police. Les avocats et les étudiants en contact avec la famille de Chen ont été harcelés et ont fait l’objet d’enquêtes.

Droit aux libertés civiles

Au Cambodge, les employé(e)s du complexe hôtelier NagaWorld hotel and casino complex se sont mis en grève le 18 décembre 2021 pour protester contre le licenciement abusif de 365 personnes. Plus de 1.000 travailleurs se sont associés à la grève, sous la forme d’un sit-in pacifique devant les locaux de l’entreprise. Le syndicat de l’hôtel Union of Khmer Employees of Naga World (LRSU) a cherché une solution par tous les moyens, mais la direction a refusé de discuter, et n’a même pas assisté à la réunion de médiation organisée par le ministère du Travail.

Le 31 décembre 2021, la police a perquisitionné le bureau du LRSU, a confisqué les documents, les ordinateurs et les téléphones portables du syndicat. Neuf personnes ont été arrêtées, puis 17 autres le 3 janvier 2022, suivies de quatre autres le 4 janvier, dont la présidente du LRSU, Sithar Chhim, qui a été conduite de force dans une voiture de police depuis le piquet de grève.

En février 2022, huit des personnes arrêtées étaient toujours en détention, à savoir la présidente du syndicat, Sithar Chhim; la secrétaire du syndicat, Chhim Sokhorn; le conseiller du syndicat, Sok Narith, et les militant(e)s syndicaux Ry Sovandy, Sun Sreypich, Hai Sopheap, Klaing Soben, Touch Sereymeas. La libération avant le procès leur a été refusée. Ils ont signalé qu’ils manquaient d’eau et qu’ils n’étaient pas autorisés à contacter leur famille. Ils étaient accusés «d’incitation à provoquer des troubles sociaux», ce qui implique une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison. En mars 2022, ils ont finalement été libérés sous caution.

Droit aux libertés civiles

Rong Chhun, président de la confédération syndicale Cambodian Confederation of Unions (CCU), a été arrêté à son domicile en juillet 2020 après avoir déclaré que la démarcation de la frontière entre le Cambodge et le Vietnam avait dépossédé plusieurs paysans de leurs terres. Il a été accusé «d’incitation à commettre un délit ou à provoquer des troubles sociaux». Le 18 août 2021, Rong Chhun a été condamné à deux ans de prison, la peine maximale pour ce délit, et à une amende de deux millions de riels (490 dollars).

Rong Chhun, ainsi que deux autres défenseurs des droits syndicaux, Sar Kanika et Ton Nimol, ont été libérés en appel le 11 novembre 2021. La cour d’appel de Phnom Penh a annulé le restant de leur peine mais ils demeuraient tous les trois en liberté conditionnelle, avec des restrictions pendant trois ans concernant les déplacements et d’autres activités.

Droit aux libertés civiles

Le 6 août 2021, la police industrielle bangladaise a intenté des poursuites pénales contre Babul Akter, secrétaire général de la fédération du secteur de la confection Bangladesh Garment and Industrial Workers Federation (BGIWF), et 24 dirigeant(e)s et membres syndicaux suite aux incidents survenus dans les usines de Crossline Factory (Pvt) Ltd et Crossline Knit Fabrics Ltd. La direction de l’entreprise a également poursuivi ses employés au pénal. Ces plaintes ont été déposées lorsque les ouvriers ont créé deux syndicats dans leurs usines respectives et soumis des demandes d’enregistrement au ministère du Travail en mars 2021.

Droit aux libertés civiles

En février 2021, l’organisation de défense des droits des consommateurs Australian Competition and Consumer Commission (ACCC) a engagé des poursuites au pénal contre le syndicat de la construction, des forêts, des mines et de l’énergie du Territoire de la capitale australienne (ACT), Construction Forestry Mining and Energy Union (CFMEU), qu’elle accusait de se comporter comme un cartel, et contre le secrétaire du CFMEU-ACT, Jason O’Mara.

Le 17 août 2021, le directeur du ministère public du Commonwealth a rejeté cette accusation.

Il s’agissait de la troisième action pénale récente de l’ACCC à l’encontre du CFMEU, en invoquant la loi sur les consommateurs et la concurrence pour affaiblir le droit des syndicats à négocier collectivement. En 2012 et en 2013, l’ACCC avait déclaré que le CFMEU-ACT avait essayé d’inciter les ouvriers spécialistes des structures en acier et les monteurs d’échafaudages locaux à fixer un prix minimum afin de faciliter une augmentation de salaire. Selon l’ACCC, cette mesure s’apparentait à un comportement de cartel. Le CFMEU estime que l’ACCC s’est engagée dans une opération manifeste de harcèlement du dirigeant du syndicat Jason O'Mara qui, depuis trois ans, est constamment jugé dans les médias et attaqué sur sa personnalité.

Droit à la justice

70%

70% des pays d’Asie-Pacifique ont empêché les travailleurs/euses d’accéder à la justice

Contre 74% en 2021

Droit à la justice

Aux Philippines, Rosanilla Consad, secrétaire du syndicat enseignant Alliance of Concerned Teachers (ACT) pour la région XIII et vice-principale assistante du lycée San Vicente National High School, a été arrêtée en avril 2021 sur des accusations fabriquées de toutes pièces pour tentative de meurtre. Interrogée sans son conseiller juridique, elle a été présentée lors d’une conférence de presse comme une responsable de «haut rang» de la Nouvelle armée populaire, la branche armée du parti communiste philippin.

Droit à la justice

Dodo Bheel, qui travaillait pour la compagnie minière Sindh Engro Coal Mining Company (SECMC) au Pakistan, a été détenu par les gardes de sécurité de l’entreprise pendant 14 jours pour être interrogé sur le vol de déchets métalliques dans un magasin de l’entreprise. M. Bheel est décédé de la suite de ses blessures. D’après la Commission des droits humains du Pakistan, il a été torturé par les gardes. Les travailleurs/euses et leurs proches ont organisé des sit-in et des manifestations après sa mort, pour demander une enquête immédiate et impartiale. Leurs manifestations ont été violemment réprimées par la police, qui est intervenue en faisant usage de matraques et de gaz lacrymogènes avant d’arrêter une partie des 150 manifestants.

Droit à la justice

En Malaisie, cinq dirigeants locaux du syndicat du secteur du transport National Union of Transport Equipment and Allied Industries Workers (NUTEAIW) étaient toujours sans emploi six ans après avoir été licenciés par le fabricant HICOM Automotive, qui avait renvoyé 32 membres du NUTEAIW en février 2016 pour avoir assisté à une réunion d’information syndicale, après les heures de travail et en dehors des locaux de l’entreprise. La réunion portait sur l’impasse dans laquelle se trouvaient les négociations collectives et, par ailleurs, l’entreprise a accusé les travailleurs/euses de «ternir son image».

À l’issue de plusieurs réunions de médiation avec des responsables des relations de travail, 27 membres syndicaux ont été réintégrés mais l’entreprise a refusé de réintégrer les cinq dirigeants syndicaux locaux. Ces derniers ont obtenu une indemnité de licenciement au tribunal, mais pas leur réintégration. Le NUTEAIW a épuisé tous les recours juridiques nationaux et a décidé, en juillet 2021, de déposer une plainte à l’OIT.

L’entreprise HICOM détient un triste record d’actions antisyndicales en Malaisie. En 2013, HICOM et l’entreprise apparentée Isuzu HICOM ont licencié 18 membres du NUTEAIW pour avoir exercé leurs droits syndicaux.

Atteintes aux libertés d’expression et de réunion

61%

61% des pays d’Asie-Pacifique ont restreint les libertés d’expression et de réunion

Pas de changement par rapport à 2021

Atteintes aux libertés d’expression et de réunion

Le 27 mai 2021, le gouvernement du Sri Lanka a publié un décret aux termes duquel il devenait quasiment impossible aux 12.000 employé(e)s des communes rurales d’organiser une grève. Le décret privait par ailleurs plusieurs centaines de milliers d’autres employés du secteur public de leurs droits fondamentaux. Le texte avait été adopté en réponse à la menace de grève des fonctionnaires du gouvernement qui demandaient des vaccins contre la COVID-19. Le décret affirmait que les services du gouvernement interdits de grève étaient des «services essentiels compte tenu de la pandémie de COVID-19». Le syndicat représentant les employés des communes rurales a dû annuler immédiatement la grève en préparation.

Cinq jours plus tard, le 2 juin, le gouvernement a publié un second décret à la veille d’un arrêt de travail annoncé par les employés de nombreux hôpitaux principaux. Le décret étendait l’interdiction de faire grève aux personnels de santé et à d’autres employés gouvernementaux.

Les deux décrets concernaient ainsi les travailleurs des ports, des chemins de fer, des bus, du pétrole, du gaz, de la banque et des assurances de l’État, ainsi que les infirmiers/ères, les médecins et autres personnels de santé, les employés administratifs du gouvernement, les employés des entreprises publiques de distribution de denrées alimentaires, et les employés des neuf gouvernements provinciaux du Sri Lanka. Les employés qui se mettraient en grève pourraient être licenciés, et ils s’exposaient à des amendes comprises entre 2.000 et 5.000 roupies, à des peines de prison «rigoureuses» de deux à cinq ans, à la saisie de leurs «biens meubles et immeubles» et au retrait de leurs titres professionnels. Tout individu qui «inciterait» un employé interdit de grève à ne pas se rendre au travail – ou l’en «persuaderait», ou l’y «encouragerait» - par un «acte physique, par la parole ou par écrit» s’exposerait lui aussi aux amendes, aux saisies de biens et jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

Atteintes aux libertés d’expression et de réunion

La police de Fidji a refusé d’autoriser la confédération syndicale Fiji Trades Union Congress (FTUC) à défiler et à organiser un rassemblement, à Suva, le 1er mai 2021. Aucune raison n’a été donnée par écrit, mais la FTUC a été informée oralement que la pandémie de COVID-19 suscitait l’inquiétude. Cependant, les autres rassemblements, notamment les rencontres sportives et les activités de loisirs, n’ont été soumis à aucune restriction.

C’était la sixième année consécutive que l’autorisation de défiler était refusée à la FTUC. Le gouvernement avait assuré à maintes reprises à l’OIT et au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies qu’il respectait pleinement les droits des travailleurs et les droits humains, dont le droit de réunion pacifique, mais il semblait ne pas avoir l’intention pour autant de tenir ses promesses.

Atteintes aux libertés d’expression et de réunion

La police du Bangladesh a fréquemment interdit les réunions syndicales et ont physiquement empêché les participant(e)s d’assister à une réunion lors de laquelle devait être institué le comité régional de l’IndustriALL Bangladesh Council (IBC).

L’IBC est l’organe de coordination des affiliées bangladaises du syndicat mondial IndustriALL. Le 24 septembre 2021, une réunion devait avoir lieu au bureau de la fédération syndicale de la confection Bangladesh Independent Garment Workers Union Federation (BIGUF) à Chattogram pour former un comité régional. Toutefois, suite à un appel de la police au vice-président de l’IBC, Salauddin Shapon, la réunion n’a pas pu se tenir. Une deuxième réunion a été planifiée dans un autre endroit le lendemain. Mais là encore, la police a contacté le vice-président pour dire que la réunion ne pouvait pas avoir lieu à cet endroit non plus.

Pour la troisième tentative, l’IBC a décidé d’organiser la réunion au bureau d’une autre affiliée du secteur de la confection, la Bangladesh Textile and Garment Workers League (BTGWL). Lorsque les dirigeants de l’IBC sont arrivés, des policiers, certains en civil, ont bloqué l’entrée et n’ont laissé entrer personne.

Atteintes aux libertés d’expression et de réunion

Depuis le mois d’août 2021, les talibans de retour au pouvoir en Afghanistan ont sévèrement restreint les droits de réunion pacifique et de liberté d’expression. À Herat, les combattants talibans ont donné des coups de fouet aux manifestant(e)s et tiré sans distinction sur eux pour les disperser, tuant deux hommes et blessant au moins huit autres personnes. Les talibans ont ensuite interdit les manifestations qui n’avaient pas obtenu l’autorisation préalable du ministère de la Justice, à Kaboul.

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

43%

Les travailleurs/euses ont subi des attaques violentes dans 43% des pays d’Asie-Pacifique

Contre 35% en 2021

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

Au Pakistan, la police a fait usage de gaz lacrymogènes et de matraques pour disperser une manifestation pacifique de médecins du service public, à Islamabad, le 4 octobre 2021. Une vingtaine de médecins ont été arrêtés, même une fois que la manifestation était dispersée. Plusieurs médecins ont été blessés. L’association de jeunes médecins Young Doctors’ Association (YDA) avait appelé les membres de tout le pays à se rassembler devant la Commission médicale du Pakistan, à Islamabad, pour protester contre les nouvelles réglementations imposées aux pratiques médicales et demander au gouvernement d’améliorer le niveau de l’enseignement.

Un incident du même ordre s’est produit à Lahore le 29 août 2021, et au moins 12 membres de la YDA ont été blessés par la police, qui avait utilisé des matraques et du gaz poivre pour disperser une manifestation.

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

Le 31 mai 2021, les employé(e)s des universités de la province de Khyber Pakhtunkhwa, au Pakistan, ont été violemment attaqués par des policiers lourdement armés alors qu’ils avançaient vers l’assemblée provinciale de Peshawar. Le défilé était organisé par la fédération des personnels universitaires Federation of All Pakistan Academic Staff Association (FAPASA) et visait à demander l’annulation des réformes gouvernementales, qui obligeaient les universités à générer leurs propres moyens financiers. La police a fait usage de gaz lacrymogènes et de matraques, faisant de nombreux blessés parmi les manifestants, dont au moins seize ont dû être hospitalisés. Vingt-quatre manifestants ont été arrêtés, dont le président du syndicat enseignant Peshawar University Teachers’ Association (PUTA).

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

Le 11 avril 2021, des enseignant(e)s et des personnels de santé qui n’étaient affectés à aucun poste manifestaient ensemble sous la bannière des sans emploi de Sanjha Morcha à Patiala, en Inde, lorsque la police les a frappés avec des matraques tandis qu’ils essayaient de passer pour se rendre devant la résidence du chef du gouvernement de l’État du Pendjab.

Le même jour, pendant une autre manifestation des enseignants sans emploi, la police a chargé et blessé au moins dix membres syndicaux à proximité de Baradari. Les manifestants se sont déplacés vers une route principale près du canal de Bhakhra, mais la police les a rattrapés pour les neutraliser, et deux manifestants qui ont pris peur ont sauté dans le canal. Ils ont été secourus peu après.

Assassinats

Des travailleurs/euses ont été assassinés au Bangladesh, en Inde, au Myanmar et aux Philippines

Assassinats

À la mi-septembre 2021, au Myanmar, au moins 27 syndicalistes avaient été tués en participant à des manifestations du mouvement de désobéissance civile contre le pouvoir militaire. Le 14 mars 2021, lors de la manifestation de Shwe Pyi Thar, les forces de sécurité ont abattu d’une balle dans la tête Zaw Zaw Htwe, ouvrier de la confection de 21 ans qui travaillait dans une usine de l’entreprise Suntime JCK Company Limited et était membre du syndicat Solidarity Trade Union of Myanmar (STUM). Chan Myae Kyaw, conducteur de camion-benne à la mine de cuivre de SinoHydro et membre de la fédération birmane Mining Workers’ Federation of Myanmar (MWFM), a été tué le 27 mars par des soldats qui ont tiré sur lui à de multiples reprises pendant une manifestation, à Monywa. Les 28-29 mars, les militaires ont tendu une embuscade à des manifestant(e)s dans la zone industrielle South Dagon, tuant Nay Lin Zaw, dirigeant syndical à l’entreprise AD Furniture (travail du bois) et membre de la fédération d’artisans Myanmar Industry Craft Service-Trade Unions Federation (MICS-TUsF).

Assassinats

Au moins huit personnes, dont quatre paysans, ont été tuées le 3 octobre 2021 lorsque des violences ont éclaté en Inde, dans l’État de l’Uttar Pradesh. Deux paysans ont été tués par un convoi de voitures du ministère de l’Intérieur qui a percuté un groupe de grévistes. Ils manifestaient sur la route pour protester contre les lois agraires. Pendant les violences qui ont suivi, deux autres paysans ont été tués par la police. Les agriculteurs indiens s’opposaient depuis plus d’un an à l’adoption d’une série de lois agraires qui auraient pour effet d’avantager les grandes entreprises au détriment de millions de paysans. La police a réagi de plus en plus violemment. En août 2021, dans l’État d’Haryana, au nord du pays, un paysan a été tué et dix autres blessés lors de l’intervention de la police pendant une manifestation contre les lois agraires.

Assassinats

De nombreux travailleurs/euses du secteur de la confection ont été blessés le 13 juin 2021 après la répression de la police pendant des grèves de l’usine de Lenny Fashions et Lenny Apparels, située dans la zone franche d’exportation de Dhaka (DEPZ), à Ashulia, dans la banlieue de Dhaka, au Bangladesh. Les travailleurs demandaient leur salaire suite à la fermeture de l’usine. L’ouvrière Jesmin Begum, âgée de trente-deux ans, est décédée de ses blessures après avoir heurté une barre de fer alors qu’elle quittait le site de la manifestation en courant, parce que la police dispersait violemment les manifestants. De nombreux travailleurs ont été blessés par la police, qui a fait usage de balles en caoutchouc, de bombes lacrymogènes, de canons à eau et de matraques pour refouler les manifestants. Plus de 6.000 personnes ont perdu leur emploi lors de la fermeture de Lenny Fashion et Lenny Apparels, filiale de l’entreprise Must Garment établie à Hong Kong, le 20 janvier 2021. La direction avait dit qu’elle verserait les salaires dus avant le mois de mai, mais l’entreprise n’a pas respecté son engagement.

Assassinats

Au moins cinq personnes ont été tuées et plusieurs dizaines blessées le 17 avril 2021 lorsque la police a ouvert le feu sur une foule de travailleurs/euses qui manifestaient pour demander le paiement des salaires dus et une augmentation de salaire sur le chantier de construction de la centrale à charbon SS Power Plant, à Chittogram, au sud-est du Bangladesh. Les travailleurs protestaient contre le non-paiement des salaires, la réduction imprévue de leurs heures de travail, un congé pour le ramadan et une diminution du nombre d’heures de travail pendant la fête religieuse.

Assassinats

Aux Philippines, le dirigeant syndical de 35 ans Dandy Miguel, président du syndicat PAMANTIK-Kilusang Mayo Uno (KMU), a été tué le 28 mars 2021 à Calamba alors qu’il rentrait chez lui à moto. Dandy Miguel présidait également le syndicat Lakas ng Nagkakaisang Manggagawa ng Fuji Electric et était membre du Conseil national du KMU. Dandy Miguel a été tué par des inconnus qui ont tiré sur lui à huit reprises. Peu de temps avant son assassinat, il avait déposé une plainte auprès de la Commission des droits humains au sujet de l’exécution extrajudiciaire de neuf militants membres de syndicats ou d’ONG à Calabarzon, le dimanche 7 mars, désormais appelé «dimanche sanglant». Les homicides de ce dimanche sanglant ont été commis juste après la déclaration du président Duterte appelant ouvertement les forces de sécurité à tuer les communistes s’ils portaient des armes.

À Hong Kong, les autorités ont pratiquement réduit au silence les syndicats et les organisations de la société civile en les contraignant à procéder à leur dissolution à la suite d'une campagne de répression.Isaac Lawrence/AFP

Tendances sur neuf ans: les violations des droits des travailleurs

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