Amériques

3,52

Violations régulières des droits

Détérioration par rapport à l’année dernière

La situation des travailleurs/euses des Amériques s’est détériorée en 2022, la note étant passée de 3,48 à 3,52, c’est-à-dire entre les violations régulières des droits et les violations systématiques des droits. Dans de nombreux pays, notamment en Argentine, en Colombie, en Équateur, au Guatemala et au Honduras, les syndicalistes et les travailleurs ont subi des attaques violentes.

En bref

92%

92% des pays ont violé le droit de grève

Contre 88% en 2021
88%

88% des pays ont empêché l’enregistrement de syndicats

Pas de changement par rapport à 2021
77%

77% des pays des Amériques ont empêché les travailleurs/euses d’accéder à la justice

Contre 76% en 2021
76%

76% des pays ont violé le droit de négociation collective

Contre 72% en 2021
76%

76% des pays ont privé des travailleurs/euses du droit de constituer un syndicat et d’y adhérer

Contre 72% en 2021
52%

Des travailleurs/euses ont été arrêtés et placés en détention dans 52% des pays

Contre 56% en 2021
36%

Les travailleurs/euses ont subi des attaques violentes dans 36% des pays des Amériques

Contre 40% en 2021
24%

24% des pays des Amériques ont restreint les libertés d’expression et de réunion

Contre 20% en 2021

Des travailleurs/euses ont été assassinés en Colombie, en Équateur, au Guatemala et à Haïti

Violations des droits des travailleurs

Droit de grèvePoursuites pénales contre des dirigeants syndicaux pour leur participation à des grèves

92%

92% des pays ont violé le droit de grève

Contre 88% en 2021

Poursuites pénales contre des dirigeants syndicaux pour leur participation à des grèves

Le 8 octobre 2021, les employé(e)s de l’usine General Motors' Chevrolet à São Caetano do Sul, au Brésil, se sont mis en grève après l’échec des négociations avec l’employeur au sujet de l’ajustement des salaires. Lorsque le syndicat a opté pour la grève, une audience de conciliation a eu lieu au tribunal régional du travail. Cependant, aucun accord n’a été conclu entre les parties. Le 21 octobre, le tribunal régional du travail a déclaré la grève illégale. L’assemblée syndicale a décidé de continuer la grève mais, en raison des possibles actions en justice intentées contre les grévistes, ces derniers ont dû reprendre le travail, sans solution à leurs demandes.

Poursuites pénales contre des dirigeants syndicaux pour leur participation à des grèves

Le 26 octobre 2021, dans au moins trois zones de l'Équateur, des affrontements ont éclaté entre la police et les travailleurs/euses qui manifestaient dans le cadre d'une grève nationale contre le gouvernement, à l'initiative du Front uni des travailleurs (FUT), du Front populaire (FP) et de la Confédération des nationalités indigènes (CONAIE). À Imbabura, dans le canton de Peguche, les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Les travailleurs demandaient le gel des prix des combustibles, le soutien au projet de Code du travail récemment présenté au Parlement par le FUT et le rejet de la proposition de loi sur la création d’opportunités. Au moins 37 manifestants ont été arrêtés dans l'ensemble du pays.

Poursuites pénales contre des dirigeants syndicaux pour leur participation à des grèves

Fin 2020, les employé(e)s de l’usine de ciment Ash Grove, à Joliette, Québec, Canada, ont été informés que deux des quatre fours allait fermer, ce qui compromettait au moins la moitié des emplois. En dépit des négociations collectives encore en cours, un lock-out a été imposé illégalement aux membres du syndicat de l’usine, Unifor, le 22 mai 2021. Unifor, en coopération avec la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec et ses membres sur l’ensemble du Québec, a organisé une série d’actions de solidarité.

En réponse à la mobilisation du syndicat, la direction d’Ash Grove a obtenu une nouvelle injonction pour limiter les actions du syndicat. L’employeur a également déposé une réclamation pour 2,6 millions de dollars canadiens (environ 2,1 millions de dollars US) au titre des pertes de production et de la dégradation du matériel, et a licencié deux membres de la section syndicale 177, dont un membre du comité de négociation.

Ash Grove appartient à CRH Canada, qui emploie 4.000 personnes sur 100 sites de production. Le géant mondial emploie plus de 76.000 personnes à travers le monde sur plus de 3.000 sites dans 29 pays.

Droit de grèveLicenciés pour avoir participé à une grève

92%

92% des pays ont violé le droit de grève

Contre 88% en 2021

Licenciés pour avoir participé à une grève

Début 2022, l’entreprise Centri Group S.A., à Haïti, a licencié quelque 60 employé(e)s qui protestaient contre les pratiques salariales injustes dans le secteur de la confection. En janvier 2022, une coalition de syndicats avait exhorté le premier ministre à augmenter le salaire minimum de 500 gourdes par jour (4,80 dollars) dans ce secteur à 1.500 gourdes. Les manifestations ont été brutalement réprimées par la police, qui a lancé des gaz lacrymogènes et frappé les manifestants avec des matraques, devant la zone de libre échange de la SONAPI, à Port-au-Prince.

Au cours des mois passés, l’inflation a atteint 23% à Haïti. Dans le secteur de l’habillement, les salaires sont les mêmes depuis trois ans, et les travailleurs gagnent moins d’un tiers de la somme qui serait nécessaire à leur survie.

Licenciés pour avoir participé à une grève

Au Canada, le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux ont fréquemment invoqué une législation de retour au travail pour mettre fin aux grèves. Par exemple, le gouvernement fédéral a adopté cette législation pour terminer une grève des dockers, représentés par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP/CUPE), dans le port de Montréal, le 30 avril 2021. Le syndicat n’était pas parvenu à conclure de nouvelle convention collective après pratiquement trois ans de négociations. Le syndicat a lancé un appel à la grève lorsque l’employeur, Maritime Employers’ Association, a signalé au syndicat qu’il ne respecterait plus les dispositions de la convention collective relatives à la sécurité de l’emploi et il a commencé à imposer unilatéralement des heures supplémentaires aux travailleurs/euses du port.

De la même manière, début novembre 2021, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a fait valoir la législation de retour au travail contre des travailleurs du secteur public en grève. Environ 22.000 membres du SCFP/CUPE travaillant dans divers services publics étaient en grève dans la province. Le gouvernement a utilisé la législation d’urgence pour obliger les membres de trois groupes de négociation en grève dans le secteur de la santé (SCFP/CUPE 1251, SCFP/CUPE CUPE 1252 et SCFP/CUPE 1190) à reprendre le travail. Le gouvernement fédéral et le gouvernement du Nouveau-Brunswick, en recourant à la législation de retour au travail, ont bafoué le droit de grève des travailleurs, protégé par la Charte canadienne des droits et libertés.

Licenciés pour avoir participé à une grève

À Edmonton, Canada, les membres de la section locale Boilermakers Lodge 146 sont soumis à un lock-out depuis juin 2020 de la part de leur employeur, l’aciérie CESSCO Fabrication and Engineering Ltd. Au cours de l’année passée, l’employeur a embauché des travailleurs/euses de remplacement alors qu’il percevait la subvention spéciale pour la pandémie (Canada Emergency Wage Subsidy), versée aux employeurs par le gouvernement fédéral pour couvrir les dépenses salariales. Le recours permanent aux travailleurs de remplacement a prolongé le lock-out, avant lequel le syndicat négociait un contrat depuis au moins deux ans et demi.

Droit à la justice

77%

77% des pays des Amériques ont empêché les travailleurs/euses d’accéder à la justice

Contre 76% en 2021

Droit à la justice

À l’issue d’un simulacre de procès, le 11 juin 2011, le syndicaliste vénézuélien Rodney Álvarez a été condamné à 15 ans de prison pour homicide. À ce jour, il demande toujours un jugement équitable alors qu’il vit dans des conditions extrêmement difficiles en prison.

En 2011, M. Álvarez a été poursuivi pour avoir assassiné le travailleur Renny Rojas pendant un rassemblement de travailleurs/euses sur le site de l’entreprise publique minière Ferrominera Orinoco, de la Corporación Venezolana de Guayana (CVG). Le rassemblement avait pour objectif de choisir les membres de la commission chargée d’organiser les élections du comité exécutif du syndicat Sintraferrominera.

La procédure judiciaire contre Rodney Álvarez met en évidence le manque de séparation des pouvoirs du pays et un déni de justice manifeste: il y a eu 8 interruptions et jusqu’à 25 audiences préliminaires, et M. Álvarez a été victime de trois agressions graves à l’arme blanche et par arme à feu, qui sont restées totalement impunies pendant les dix années, voire plus, qu’il a passées en détention avant jugement.

Rien n’indique dans son dossier judiciaire que M. Álvarez était armé, et encore moins qu’il était à l’origine des coups de feu. En outre, le juge a refusé d’entendre tous les témoins de la défense qui étaient présents lors des faits et qui ont vu la personne qui avait tué Renny Rojas. La déclaration de l’officier de la Garde nationale vénézuélienne qui était en faction à l’entreprise au moment du meurtre et qui a affirmé qu’il avait arrêté l’auteur des coups de feu, n’a pas été prise en compte.

Droit à la justice

Au Honduras, le fait que le gouvernement n’ait pas donné suite aux multiples affaires historiques d’assassinats et autres crimes violents commis dans le pays n’a fait qu’aggraver le climat omniprésent de répression, de violences physiques et d’intimidation contre les travailleurs/euses et les syndicalistes. Le système judiciaire du travail est resté inopérant, et seuls quelques assassinats ont été résolus, généralement après de nombreuses années.

Droit à la justice

En Colombie, le fait que le gouvernement n’ait pas donné suite aux multiples affaires historiques d’assassinats et autres crimes violents commis dans le pays n’a fait qu’aggraver le climat omniprésent de répression, de violences physiques et d’intimidation contre les travailleurs/euses et les syndicalistes. Le système judiciaire du travail est resté inopérant, et seuls quelques assassinats ont été résolus, généralement après de nombreuses années.

Droit à la justice

Au Guatemala, le fait que le gouvernement n’ait pas donné suite aux multiples affaires historiques d’assassinats et autres crimes violents commis dans le pays n’a fait qu’aggraver le climat omniprésent de répression, de violences physiques et d’intimidation contre les travailleurs/euses et les syndicalistes. Le système judiciaire du travail est resté inopérant, et seuls quelques assassinats ont été résolus, généralement après de nombreuses années.

Droit de négociation collective

76%

76% des pays ont violé le droit de négociation collective

Contre 72% en 2021

Droit de négociation collective

En mai 2021, la banque Santander Brazil a imposé une réduction de salaire de 55% à 40 dirigeants syndicaux et à des employé(e)s de la banque suite au recours juridique qu’ils ont entrepris pour demander le paiement des heures supplémentaires. Le Brésil représente la plus grande part de bénéfices pour la multinationale espagnole Santander, mais au lieu de payer aux travailleurs les sommes dues, la branche brésilienne de la banque les a rétrogradés et réduit leur salaire de plus de moitié. Face à cette réduction arbitraire, les employés de la banque ont saisi la justice et obtenu un jugement favorable au rétablissement de leur niveau de salaire et au versement des salaires dus. Toutefois, Santander Brazil n’a pas exécuté l’ordonnance du tribunal en dépit des amendes journalières qu’elle encourait en cas de non-respect.

Droit de négociation collective

En Uruguay, les syndicats du personnel médical Sindicato Médico del Uruguay (SMU), Federación Médica del Interior (FEMI) et Sindicato Anestésico Quirúrgico (SAQ) ont sollicité une réunion tripartite avec les représentants des employeurs (IAMAC) et le ministère du Travail en avril 2021 pour demander la mise en œuvre de la convention collective conclue cinq mois plus tôt, en décembre 2020. L’IAMAC (entreprises médicales du secteur privé de Montevideo et de l’intérieur du pays), n’avait pas tenu son engagement de verser des compléments de salaire aux personnels médicaux. En dépit des efforts du syndicat, les employeurs ont systématiquement refusé de respecter leurs obligations inscrites dans la convention collective.

Droit de négociation collective

En 2021, au Pérou, l’entreprise AB InBev a mis en œuvre un processus de restructuration du personnel sans consulter les organisations syndicales. Dans le cadre de ce processus, l’entreprise a licencié trois secrétaires généraux du syndicat, Luis Samán, José Gayoso, et José Leiva, ainsi que 15 travailleurs/euses de l’usine de Motupe, dans le nord du Pérou, tous membres du syndicat Backus National Union qui s’étaient mis en grève.

Droit de négociation collective

Entre avril et mai 2021, les employé(e)s administratifs de santé de la Fondation Tesai, un conglomérat d’hôpitals de la région d’Itaipu, Paraguay, se sont mis en grève pour dénoncer le non-respect de la convention collective de la part de l’entreprise. Les employés, soutenus par leur syndicat, Union of Civil Construction and Service Workers (Siconaps), demandaient le paiement des prestations, le droit aux congés payés et au congé de maternité, des équipements de sécurité pour l’ensemble du personnel et des garanties médicales ainsi que d’autres garanties prévues dans le contrat collectif des conditions de travail en vigueur. Tesai est restée sourde aux demandes et a continué d’enfreindre la convention collective.

Droit de négociation collective

Le manque de respect des conventions collectives est resté un phénomène courant au Canada. Par exemple, le Conseil des relations de travail de l’Ontario a reçu 355 plaintes pour pratiques de travail déloyales, les employeurs étant principalement accusés de «licenciement illégal» ou de «discrimination à l’encontre d’employés en raison de leur activité syndicale», de «modifications illégales des salaires et des conditions de travail» et «d’absence de négociation de bonne foi».

Droit de constituer un syndicat et d’y adhérerTravailleurs exclus

76%

76% des pays ont privé des travailleurs/euses du droit de constituer un syndicat et d’y adhérer

Contre 72% en 2021

Travailleurs exclus

Aux Bahamas, le personnel pénitentiaire est exclu de la législation sur le droit syndical.

Travailleurs exclus

En 2021, en Jamaïque, les violations généralisées des droits des travailleurs/euses dans le secteur de l’externalisation des processus d’affaires (business process outsourcing – BPO) ont suscité une profonde préoccupation. Ce secteur est l’un de ceux qui se développent le plus rapidement dans les Caraïbes. Sur les 40.000 travailleurs du BPO que compte la Jamaïque – qui occupent des emplois très variés, allant du service consommateur au soutien technique et à la vente, entre autres – pratiquement tous avaient des contrats de travail temporaires à durée déterminée, et aucune des 70 entreprises ou plus présentes sur l’île n’avait autorisé de représentation syndicale dans ses locaux.

Des milliers de jeunes travailleurs ont été attirés dans les centres d’appels, séduits par la promesse d’un bon salaire et d’un travail qualifié dans un secteur mondial de haute technologie, pour se retrouver confrontés à une réalité bien différente une fois le contrat de travail signé: longues heures de travail, pauses trop courtes ou inexistantes en période d’activité intense, environnements dans lesquels les employeurs embauchent et licencient à leur gré. Sans être explicites, les termes de leur contrat laissaient entendre que la syndicalisation et la négociation collective étaient des motifs de licenciement.

Entre-temps, les entreprises du BPO bénéficiaient de privilèges spéciaux, étant régies par la législation des zones économiques spéciales (zones franches) comme des «services d’utilité publique». Cet arrangement a donné lieu à une série d’exonérations fiscales et de lois antisyndicales: par exemple, pour organiser une grève, les travailleurs doivent donner un préavis de six semaines à l’employeur.

Travailleurs exclus

La raffinerie de sucre de Taboga, située dans la province de Guanacaste, la principale région productrice de canne à sucre du Costa Rica, embauche chaque année des centaines de personnes pour la récolte, essentiellement des migrant(e)s originaires du Nicaragua voisin.

Le syndicat local SINTRAICA, affilié à l’UITA, a demandé à la direction de l’entreprise, au ministère du Travail et aux autorités compétentes de respecter les droits des travailleurs sur le site de l’entreprise agro-industrielle Ingenio Taboga, et d’améliorer les terribles conditions dans lesquelles les migrants vivent et travaillent, notamment en respectant les dispositions de la convention collective relatives à la sous-traitance et à la main-d’œuvre intérimaire. Il demeure difficile aux travailleurs migrants du secteur du sucre d’adhérer à un syndicat.

Droit de constituer un syndicat et d’y adhérerPratiques antisyndicales

76%

76% des pays ont privé des travailleurs/euses du droit de constituer un syndicat et d’y adhérer

Contre 72% en 2021

Pratiques antisyndicales

En 2021, Coca-Cola Uruguay a imposé une restructuration pour licencier 16 travailleurs/euses à Montevideo et 18 dans le département de Salto. L’entreprise a signalé qu’elle licencierait les personnes qui avaient fait l’objet d’une sanction disciplinaire dans le passé. En réalité, elle ciblait uniquement les travailleurs syndiqués de Salto.

Le Syndicat des travailleurs de Coca-Cola (STCC) a plaidé en faveur de leur réintégration; les négociations ont duré 45 jours, mais n’ont pas permis de parvenir à un accord avec Coca-Cola. Le 4 août 2021, le STCC a décidé à l’unanimité d’organiser une grève pendant sept jours.

Pratiques antisyndicales

Pendant la pandémie, la direction de Luxottica, installée au centre de fabrication et de distribution de McDonough, aux États-Unis, a utilisé une application mise au point par l’entreprise, appelée «LiveSafe», qui était censée informer les travailleurs/euses des questions relatives à la COVID-19 au travail. Dans les faits, l’application servait de plateforme à la direction pour envoyer des messages antisyndicaux sur les prétendus «risques» de la syndicalisation, notamment en termes de perte de salaire et de prestations, s’ils parvenaient à constituer un syndicat. Outre l’application, la direction a créé un site web antisyndical qui diabolisait les syndicats et alertait sur les conséquences néfastes d’une adhésion des travailleurs à un syndicat. L’entreprise a également fait appel à des consultants hostiles aux syndicats et demandé aux employés d’assister à des réunions antisyndicales obligatoires de type «public captif» sans donner la possibilité aux sympathisants syndicaux de s’exprimer.

Le 15 juillet 2021, des groupes syndicaux nationaux et internationaux ont déposé une plainte au titre des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, dénonçant de graves violations des droits de liberté syndicale du personnel de Luxottica USA.

Le centre de fabrication et de distribution de Luxottica situé dans l’État de Géorgie emploie 2.000 personnes. Luxottica est une division du groupe EssilorLuxottica, le plus grand fournisseur de produits de soins oculaires et de lunettes du monde, et s’impose sur le marché mondial avec plus de 150.000 employés à travers le monde.

Pratiques antisyndicales

En 2021, Heinz-Glas Pérou a poursuivi sa politique antisyndicale visant à dissoudre le syndicat et à empêcher toute négociation collective. L’entreprise a proposé d’aider à désaffilier les membres et, pour ce faire, elle s’est même rendue à leur domicile, leur a envoyé la lettre de désaffiliation à signer, les a appelés individuellement pour les encourager à quitter le syndicat, et a offert des postes mieux rémunérés aux employé(e)s qui renonçaient à leur adhésion au syndicat.

Pratiques antisyndicales

Fin avril 2021, au Salvador, une des plus grandes brasseries du monde, AB InBev La Constancia, a licencié de manière abusive 32 travailleurs/euses, tous membres du syndicat Constancia Workers' Union affilié à l’UITA (SITRACONSTA). Le 30 juillet 2021, l’entreprise a licencié 30 autres travailleurs syndiqués. Le syndicat a demandé la réintégration immédiate des membres syndicaux abusivement licenciés, la reconnaissance du syndicat et l’ouverture des négociations collectives. La brasserie a systématiquement refusé d’engager des négociations, prétextant qu’elle n’avait pas le temps en raison de ses plans de restructuration et des mesures à prendre pour faire face à la pandémie de COVID-19.

Tout au long de l’année 2021, La Constancia a maintenu sa politique antisyndicale d’intimidation en disant aux membres syndicaux que le SITRACONSTA était responsable des licenciements, et en proposant la sécurité de l’emploi aux travailleurs en mesure de prouver qu’ils avaient renoncé à leur adhésion au syndicat.

Droit aux libertés civiles

52%

Des travailleurs/euses ont été arrêtés et placés en détention dans 52% des pays

Contre 56% en 2021

Droit aux libertés civiles

Le matin du 27 mai 2021, une opération de police a été menée simultanément dans différentes villes du département d’Arauca, en Colombie. Plusieurs dirigeant(e)s syndicaux de l’organisation paysanne Arauca Campesino Association (ACA), affiliée à la FENSUAGRO, ont été arrêtés sans motif: Anderson Rodríguez Rodríguez, président de l’ACA; Jhon Alexander Romero, vice-président et secrétaire des droits humains de l’ACA; Camilo Espinel, secrétaire de l’éducation de l’ACA et conseiller municipal à Saravena; Fredy Camargo, conseiller municipal à Fortul et coordinateur du Comité technique de l’ ACA; Ruth Pita, conseillère municipale à Fortul et associée de l’ACA; Helbert Alonso Ramírez Castro, associé et comptable de l’ACA; Samuel Acosta, associé de l’ACA et membre du comité vicinal de Tame.

Droit aux libertés civiles

Le 21 octobre 2021, les forces spéciales chiliennes, les Carabineros, ont brutalement frappé les dirigeant(e)s des 16 organisations syndicales du secteur public qui constituent la Mesa del Sector Público (MSP), faisant usage de matraques, de canons à eau et de gaz poivre. Les dirigeants syndicaux, dont José Pérez Debelli, président de la National Association of Public Employees (ANEF), ont été arrêtés puis libérés quelques heures plus tard face à la pression exercée par les organisations syndicales sur le gouvernement. Les représentants de la MSP s’étaient rassemblés pour adresser au gouvernement une liste de revendications concernant l’ajustement des salaires et l’amélioration des conditions de travail. Il s’agit d’une pratique annuelle qui permet d’amorcer le processus de négociation de branche de la MSP, qui représente quelque 500.000 fonctionnaires.

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

36%

Les travailleurs/euses ont subi des attaques violentes dans 36% des pays des Amériques

Contre 40% en 2021

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

Le 16 juin 2021, Edgar Alejandro Talento et Jaime Col Ical, membres du syndicat de l’entreprise Fritolay Guatemala, ont été agressés par des inconnus. Jaime Col Ical est ressorti indemne, mais Edgar Alejandro Talento était gravement blessé et a dû être hospitalisé.

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

En février 2022, les employé(e)s de l’entreprise de soins médicaux Quironsalud, filiale de la multinationale allemande Fresenius en Colombie, ont créé un syndicat et sollicité l’ouverture de négociations collectives. Deux des dirigeants élus, Julian Parra et Claudia López, ont reçu des menaces de mort. Claudia López a indiqué les détails de ces menaces au bureau de la police locale, et Julian Parra a été contraint de quitter le pays. Les appels lancés à Fresenius à l’international pour lui demander de dénoncer publiquement ces menaces de mort sont restés sans réponse.

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

Au Honduras, les membres du syndicat infirmier Asociación Nacional de Enfermeras y Enfermeros Auxiliares de Honduras (ANEEAH) sont descendus dans les rues pour protester contre l’assassinat de leur collègue élève infirmière Keyla Martínez, perpétré la veille alors qu’elle était en détention dans les locaux de la police nationale. Lors de la manifestation, les policiers ont violemment frappé les travailleurs/euses, notamment le membre syndical Agustín Sánchez, qui a été gravement blessé à l’épaule gauche.

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

Au Honduras, pendant le mois d’octobre 2021, le dirigeant syndical Darlin Oviedo, président du syndicat des ouvriers de la confection Sindicato de Trabajadores de la Compañía Jasper (SITRAJASPER), et le secrétaire général, Selvin Peña, ont été constamment suivis par des inconnus. Darlin Oviedo a même été pourchassé par un motard lourdement armé qui cherchait à tirer sur lui mais le dirigeant syndical a pu se faufiler dans la circulation et lui échapper. Les menaces ont commencé lorsque les travailleurs/euses ont manifesté pour demander à l’usine de prêt-à-porter de réintégrer les travailleurs qui voulaient reprendre le travail après la levée des restrictions liées à la COVID-19.

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

Le 10 février 2022, pour la deuxième journée de suite, la police a lancé des gaz lacrymogènes et frappé les manifestant(e)s avec des matraques devant la zone de libre échange de la SONAPI, à Port-au-Prince, Haïti. Les travailleurs en grève demandaient au premier ministre Ariel Henry de faire passer le salaire minimum de 500 gourdes par jour (4,80 dollars) à 1.500 gourdes dans le secteur de la confection.

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

Le 30 août 2021, des membres du syndicat des employés portuaires Sindicato de Trabajadores General Portuario, SINTRAGENPORT, de l’entreprise nationale portuaire Empresa Portuaria Nacional Santo Tomás de Castilla, ont reçu des appels téléphoniques de la part d’inconnus les menaçant de mort. Les hommes menacés étaient tous membres du Conseil d’administration: Victor Oliva, secrétaire général; Marcos Eliú Castellanos Nufio, secrétaire général adjoint; Edwin Martínez, secrétaire des finances; Rafael Aquino, secrétaire des relations intersyndicales; Arturo Arzú, secrétaire de la prévention sociale; José Eduardo Saldaña, secrétaire des sports; Melvin Larios, secrétaire du conseil consultatif. Le syndicat avait dénoncé des anomalies et des actes de corruption dans les marchés publics.

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

Le 31 mars 2022, Carlos Mancilla et les membres de sa famille ont reçu des appels téléphoniques les avertissant qu’ils étaient observés et mentionnant chaque personne de la famille par son prénom. Les auteurs des appels ont envoyé une photo de la maison de Carlos Mancilla et annoncé qu’ils avaient suivi sa fille mais qu’ils avaient renoncé à la tuer.

Carlos Mancilla est secrétaire général de la centrale syndicale CUS-G, président de la Commission tripartite du Guatemala sur les relations de travail et la liberté syndicale, et membre titulaire du Conseil général de la CSI. Ces événements se sont produits dans un contexte d’insécurité croissante

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

Le 12 août 2021, des dirigeants syndicaux du Syndicat national des travailleurs de l’alimentation de Colombie, SINTRAIMAGRA et SINALTRAINAL, ont fait l’objet de menaces à Bugalagrande, dans le département de Valle del Cauca. Lorsqu’il est entré au siège de la section locale du SINTRAIMAGRA à Bugalagrande, le secrétaire a trouvé une enveloppe contenant un dépliant à l’effigie des Forces armées révolutionnaires de Colombie et portant le logo des Aigles noirs, Bloc occidental de Colombie, accompagné d’une clé USB sur laquelle les syndicalistes suivants étaient désignés comme des «cibles militaires»: Edwin Mejía, Francisco Vásquez, Fernando Castaño, Carlos Soto, Juan Camilo Jaramillo, Andrés Rubio, Onofre Esquivel, Wilson Riaño, Luis Herbert Peñaloza, Frank Acevedo, Gustavo Bedoya et Martin Agudelo.

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

Le 29 avril 2021, lors de manifestations organisées dans la ville de Copacabana, dans le département d’Antioquia, en Colombie, un enseignant militant du syndicat enseignant Antioquia Teachers' Association (Adida) filmait une opération de la police avec son téléphone portable lorsqu’il a été attaqué par des membres de la police nationale, qui ont saisi son téléphone portable et ont frappé le militant. Ensuite, quand il s’est rendu au commissariat pour récupérer son téléphone, il a été arrêté de manière arbitraire.

Agressions violentes contre les travailleurs et les travailleuses

En Colombie, le 25 novembre 2021, la veille des élections syndicales visant à nommer la direction du syndicat de la construction Guincheros, Maquinistas y Grúas Móviles, le dirigeant du syndicat, Roberto Coria, qui briguait un nouveau mandat, a été victime d’une tentative d’homicide devant chez lui. Il a reçu des coups de feu et a été blessé. Quelques jours plus tôt, il avait fait l’objet d’une tentative du même ordre, qui a échoué parce que l’arme de l’assaillant n’a pas fonctionné. Les tentatives de meurtre à l’encontre de M. Coria étaient liées aux élections syndicales, et tout porte à croire que les attaques ont été perpétrées par un syndicat maison soutenu par les employeurs.

Atteintes aux libertés d’expression et de réunion

24%

24% des pays des Amériques ont restreint les libertés d’expression et de réunion

Contre 20% en 2021

Atteintes aux libertés d’expression et de réunion

Tout au long de l’année 2021, les personnels de santé ont participé à de multiples manifestations pour protester contre l’adoption de la loi d’urgence sanitaire promulguée le 4 février 2021, qui interdit les grèves et les manifestations des personnels de santé. Le texte a été adopté sans l’approbation des travailleurs/euses. Les organisations syndicales ont exigé la garantie de pouvoir effectuer leur travail dans des conditions décentes et de bénéficier de la liberté syndicale, mais leurs demandes n’ont pas été prises en compte.

Assassinats

Des travailleurs/euses ont été assassinés en Colombie, en Équateur, au Guatemala et à Haïti

Assassinats

Le 14 mai 2021, Felipe Andrés Pérez Pérez, dirigeant syndical de la section locale d’Envigado du syndicat de l’agroalimentaire SINALTRAINAL, a été assassiné à Medellín en revenant d’une manifestation organisée dans le cadre de la grève nationale.

Assassinats

Le matin du 26 novembre 2021, Clemito Rengifo Salazar, membre de la base du syndicat enseignant Sindicato de Maestros de Nariño (SIMANA), effectuait sa tâche d’éducateur à l’établissement scolaire Madrigal Saint-François d’Assise, à Policarpa (département de Nariño), lorsque des inconnus l’ont enlevé sous les yeux de ses élèves. Son corps sans vie a été retrouvé dans l’après-midi.

Assassinats

Un journaliste a été tué et cinq travailleurs blessés à Port-au-Prince, à Haïti, le 23 février 2022 quand la police a ouvert le feu sur des manifestant(e)s pacifiques qui protestaient contre la faible augmentation de salaire annoncée par le gouvernement à l’issue de plusieurs semaines de contestation. Le coût de la vie augmente régulièrement à Haïti et la violence a gagné le pays à cause des bandes rivales, qui ont souvent davantage de pouvoir que le gouvernement.

Assassinats

Le 7 mai 2021, Cinthia del Carmen Pineda Estrada, âgée de 35 ans, a été abattue devant chez elle, dans le quartier de Chaparro Zacapa, au Guatemala. Elle était enseignante en école primaire et dirigeante du syndicat enseignant Sindicato de Trabajadores de la Educación de Guatemala (STEG). Le bureau du procureur n’a pas donné d’informations supplémentaires sur les auteurs et les mobiles de son assassinat.

Assassinats

En Équateur, Sandro Arteaga Quiroz, secrétaire du Syndicat des travailleurs du gouvernement provincial de Manabí, a été tué le 24 janvier 2022 sur une aire d’autoroute alors qu’il sortait de son camion. M. Quiroz, qui était accompagné d’un de ses fils au moment des faits, a été abattu par des inconnus armés qui ont tiré à deux reprises en le visant à la tête avant de s’enfuir.

Le syndicaliste avait reçu des menaces de mort au téléphone la veille de son assassinat et quelques heures avant.

La police nationale a mené des opérations terrestres et aériennes pour retrouver les assassins. Aucune arrestation n’a eu lieu à ce jour.

Assassinats

Cette année, 13 syndicalistes ont été victimes d’assassinats ciblés en Colombie.

Le 11 août 2021, Carlos Fredy Londoño Bautista, membre du syndicat d’éducateurs Asociación de Educadores del Meta, affilié de l’Adem-Fecode, a été assassiné alors qu’il s’apprêtait à commencer sa journée de travail à Fuente de Oro, dans le département du Meta. Il arrivait à l’école dans laquelle il travaillait lorsque des motards ont tiré sur lui à quatre reprises sous les yeux d’une partie de ses élèves.

Au Honduras, les travailleurs ont subi des attaques violentes, alors que la situation de la main-d’oeuvre s’est dégradée dans les Amériques.Orlando Sierra/AFP

Tendances sur neuf ans: les violations des droits des travailleurs

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